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Petit prince deviendra propre

La période de l’enfance est entremêlée de bonnes et de pénibles expériences dans l’apprentissage des choses de la vie. L’éducation à la propreté et à l’hygiène suscite bien souvent de la honte et de la tristesse chez les enfants qui doivent faire face aux railleries de leurs camarades, voire pour certains, aux remontrances de leurs parents. Cette injustice, Anne Duguël et Claude K. Dubois ont su la transformer en un conte tendre et « parfumé », Le petit prince pissenlit, pour démontrer que même les petits princes arrivent à surmonter les obstacles des fuites au lit.

Dans son royaume entouré de sa famille, Ricounet vit de l’amour de ses parents et de l’affection (quelquefois maladroite) de sa nourrice. Heureux, pensez-vous? Malheureusement non, car chaque matin, le petit prince se réveille sur un matelas mouillé et enveloppé par des draps humides. Devant un papa furieux, une maman désemparée et une nourrice désobligeante, Ricounet n’a d’autre envie que de rentrer sous terre et de cacher ses yeux emplis de larmes. Ses nuits deviennent longues et angoissantes à force de lutter contre sa vessie qui lui joue des tours. Il lutte des heures durant, mais plus il pense, plus il s’échappe. Que faire?

Un soir, la venue d’une fée bienveillante pourrait bien lui donner un coup de main, mais non régler son problème à sa place. D’un coup de baguette magique, les taches humides que Ricounet laisse échapper ne sont plus que des jonquilles odorantes faisant le ravissement du royaume. Les femmes de chambre se composent un bouquet, maman se confectionne une couronne et papa encense son petit prodige. Ricounet devient ainsi l’héritier aux fleurs d’or comme la poule aux œufs d’or de Jean de La Fontaine.

Au fil des jours, l’angoisse s’éloigne laissant place à des nuits paisibles pour le petit prince qui se réveille les matins suivants dans des draps frais et secs. Les fleurs ont disparu de la couche princière, et les femmes de la cour ont fini par se contenter des coquelicots cueillis dans le champ d’à côté. Quant au papa souverain, il déclara fièrement : « Au moins, le peuple ne […] surnommera pas [mon fils] Pissenlit Ier. »

Le petit prince Pissenlit aborde un sujet délicat autant pour l’enfant que pour les parents parfois démunis de mots et de gestes face à ce genre de situation. L’auteure de cet album, Anne Duguël, dit Gudule, démontre que les remontrances ne résolvent aucunement le problème. Dans la vie, il y a plusieurs façons de surmonter les obstacles de l’éducation à la propreté, et les mises en situation peuvent aider à rassurer l’enfant du cours normal des étapes de son apprentissage. Sous l’angle du conte, l’histoire est racontée simplement avec des expressions poétiques et délicates en toute situation : corolles, fleurs d’or, rire sous cape, indignation, honte suprême…

Avec ses illustrations légères et son trait spontané, Claude K. Dubois est l’une de mes artistes favorites. Les couleurs pastel et tendres de son aquarelle me plongent sans cesse dans la rêverie et me donnent envie de prendre le pinceau (ou le crayon, c’est selon) pour imiter ses personnages qui semblent si simples à reproduire. Mais derrière cette simplicité, se cachent un travail d’orfèvre et des années d’expérience après plus de 30 ans à réaliser des albums jeunesse.

Le petit prince Pissenlit devient l’histoire de tous les enfants pour qui les petits oublis sont source de gros ennuis, mais qui, avec de la tendresse et du temps, apprennent à soulager leurs tourments.

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