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Entrevue avec Paul Roux, auteur de « Les rebelles du soccer »

Paul Roux est l’auteur de la série de romans jeunesse Les rebelles du soccer chez Bayard Canada. C’est un honneur pour WOW lecture qu’il ait accepté de répondre à nos questions quant à son métier d’auteur. Mon fils aime beaucoup cette série, car elle parle de son sport préféré. Moi, je suis ravie, car Paul Roux a su saisir la balle au bond (sans mauvais jeu de mots!) en créant une histoire qui s’inscrit totalement dans l’air du temps en tenant compte de ces grandes oubliées dans le soccer : les filles! Dans cette histoire, dès le départ, on essaye de les inclure dans l’équipe, on parle de leurs forces et de leurs compétences. On est dans une démarche d’évolution des mentalités qui rend cette lecture très rafraîchissante. Partons donc à la découverte de cet auteur sans tarder!

Peux-tu nous expliquer les origines de la création de la série Les rebelles du soccer

Je suis auteur, illustrateur et auteur BD depuis longtemps et j’ai réalisé de nombreux livres. Mais, dans mes loisirs, je suis aussi joueur de soccer et coach. Je fais du sport parce que j’aime ça, mais aussi pour me garder en forme et me vider l’esprit. Car, lorsqu’on écrit et que l’on crée, des tonnes d’idées bouillonnent sans cesse dans notre tête.

L’idée de la série Les Rebelles du soccer est née lors d’une discussion avec mon directeur de collection chez Bayard, Thomas Campbell. Il savait que je connaissais très bien le soccer et il m’a suggéré d’écrire l’histoire d’une équipe de jeunes. Ce qui m’a inspiré cette équipe U12 de garçons qui, par manque de joueurs, est forcée d’accueillir des filles dans ses rangs. Je trouvais essentiel d’inclure des personnages féminins, car beaucoup de filles sont également très bonnes au soccer, comme la mienne, Angélique, qui est devenue un des personnages importants de la série.

Peux-tu me décrire ta façon de travailler?

Lorsque j’écris, je travaille partout, tout le temps et dans toutes sortes d’endroits et de conditions. Au moment où j’écris ces lignes, je suis dans un avion qui m’amène à Shippagan, où je suis invité au Salon du livre de la péninsule acadienne.

Mais pour l’écriture d’un roman, je travaille principalement chez moi, dans mon studio et je compose mon texte directement à l’ordinateur, ou sur mon IPad, comme je le fais en ce moment. Je transfère ensuite le texte sur l’ordinateur, pour le finaliser.

Je travaille de préférence dans le calme, car il faut beaucoup penser et réfléchir pour écrire. Il faut que je m’isole. C’est différent lorsque je dessine, car je peux écouter de la musique, la radio ou la télévision en même temps, sans que cela n’affecte ma créativité. Écrire et dessiner ne demandent pas le même genre de concentration, mais les deux disciplines exigent beaucoup de travail et d’efforts.

Comment es-tu devenu auteur?

À l’âge de six ans, on m’a fait cadeau d’un album d’Astérix pour ma fête. Mon amour des livres est né à ce moment-là et ne m’a plus jamais quitté. Petit, je rêvais d’écrire et d’illustrer des livres, sans savoir si cela serait un jour possible pour moi. C’était un métier mystérieux dont on n’entendait pas beaucoup parler.

À 21 ans, après mes études à l’école des beaux-arts, j’ai commencé par illustrer toutes sortes de livres, puis par en écrire, pour un éditeur, puis deux, puis trois… Depuis, ça ne s’est jamais arrêté. À ce jour, j’ai réalisé ou collaboré à plus de 180 livres! Et j’avoue que je suis toujours aussi content et excité lorsqu’un nouveau titre est publié. Pour moi, ça reste magique!

Qu’aimes-tu le plus et le moins dans ton travail?

Je poserai la question autrement: qu’est-ce qui est plus facile et plus difficile dans ton travail?

Le plus difficile, c’est de trouver sans cesse de nouvelles idées et de se creuser le cerveau à l’infini. Parfois, j’ai l’impression de presser ma matière grise comme une orange et d’en faire sortir toute la substance! C’est plutôt stressant et, parfois même, épuisant, car j’ai toujours peur que cette source se tarisse et, qu’un jour, les idées ne me viennent plus. Mais il en arrive toujours de nouvelles, comme celle de cette série sur le soccer et ça me rassure.

Le plus facile, c’est lorsque les livres sont publiés et que je suis invité un peu partout pour en parler et pour en signer. Car si j’écris un livre, c’est pour qu’il soit lu, pour partager avec des lecteurs. Et plus il y a de gens qui les lisent, plus je suis heureux!

T’arrive-t-il de manquer d’inspiration? Et, si oui, que fais-tu?

Pas vraiment, car l’inspiration est quelque chose qui se traque et qui se débusque, comme un animal sauvage. Rassurez-vous, ce n’est qu’une image. Je n’ai pas du tout l’âme d’un chasseur de fauves. Je ne chasse que les idées.

Parfois, l’inspiration me vient rapidement, alors, qu’à d’autres moments, je dois réfléchir des heures, voir même des jours, pour la trouver. Mais plus on la cherche, plus on développe des manières de la stimuler et de la provoquer. C’est un processus complexe et mystérieux, qu’on apprend à maîtriser avec le temps et la pratique.

As-tu un conseil à offrir aux jeunes qui aimeraient devenir auteur?

Parlez de ce que vous connaissez, de ce que vous aimez et de ce qui vous passionne, et n’essayez jamais d’imiter ni de copier ce que font les autres. C’est la clé, le secret pour développer quelque chose d’intéressant, d’unique et de vrai. Le reste viendra avec la persévérance et le travail.

Y a-t-il un événement, personnel ou professionnel, qui a marqué ton parcours d’auteur?

Plusieurs et tout le temps. En voici quelques-uns en vrac: la publication de mon premier album de BD en 1990; tous les prix et bourses que j’ai reçus par la suite; ma rencontre avec Uderzo, le dessinateur d’Astérix, l’idole de ma jeunesse; ma rencontre avec Franquin, l’auteur génial de Gaston Lagaffe, une autre idole de mon adolescence; ma rencontre avec Greg, le fabuleux auteur d’Achille Talon, qui m’a aidé et conseillé; mon premier voyage en Afrique, au Cameroun; mes voyages au Nunavut, à travers le Canada, les États-Unis et l’Europe, en Namibie, au Panama, à Hawaï, au Pérou, au Costa Rica, à Cuba, au Mexique et en Tunisie; la naissance de ma fille; mes participations à des tas de salons du livre, de festivals et d’évènements culturels; des rencontres avec beaucoup de gens de valeur, qui m’ont poussé ou aidé à relever de nouveaux défis…

Bref, tout ce qui, au fil des années, m’a nourri, alimenté et inspiré pour réaliser tous mes livres, dans lesquels on retrouve des traces de la plupart des choses que je viens d’énumérées, disséminées au fil des pages et des dessins. Un exemple précis: dans la dernière image de l’album Le père Noé, on voit sur un mur une affiche de Yaoundé, une ville du Cameroun. Pourquoi? Parce que j’ai terminé de dessiner cette planche là-bas! Un autre exemple : l’album Panique à Panama (Ariane et Nicolas) est directement inspiré d’un voyage dans ce pays d’Amérique centrale.

Tout est pour moi une source d’inspiration et de motivation. C’est la raison pour laquelle je ne pouvais pas répondre à cette question en ne citant qu’un seul évènement marquant. Car c’est de la somme de tous ces moments importants que naissent la plupart de mes livres.

Quel livre a marqué ton enfance? Pour quelles raisons?

Trois excellentes séries de BD et deux grands auteurs de romans ont beaucoup marqué mon enfance.

Comme je l’ai mentionné, tout a commencé avec la série Astérix, à laquelle s’est vite ajouté celles de Tintin et Iznogoud, et plusieurs autres par la suite. Avec ces albums, je m’évadais, je voyageais et j’apprenais des tas de choses : des mots nouveaux, l’Histoire, la géographie, les coutumes et les mœurs des autres pays… Ces albums étaient pour moi une mine d’informations et de connaissances que j’avais beaucoup de plaisir à découvrir. Je rêvais et je me divertissais tout en apprenant. C’était merveilleux.

Le même phénomène s’est produit avec les romans captivants de Jules Vernes et ceux tout aussi imaginatifs d’Henri Verne, l’auteur du célèbre Bob Morane. Les fins de semaine, il m’arrivait de dévorer trois à quatre de ces romans par jour! À la lecture de toutes ces incroyables aventures, je ressentais beaucoup de plaisir et d’émotions. Je suis devenu auteur et illustrateur pour essayer, à mon tour, de faire ressentir la même chose à d’autres lecteurs.

Quel auteur jeunesse t’inspire en ce moment?

Aucun, car je suis maintenant trop occupé à créer pour avoir le temps de lire ce que font les autres.

Mais, j’ai aussi la chance de collaborer ou de travailler avec certains d’entre eux, lorsque je porte ma casquette d’illustrateur. Et, dans ce cas, on peut dire qu’ils inspirent totalement mes dessins !

Quels sont tes projets pour 2018-2019?

Plusieurs, dont la parution en février du tome cinq de la série Les Rebelles du soccer, Duel au sommet, et de la seconde aventure d’Édouard chasseur de monstres, Le Multiplicator de Pâques. Tous deux publiés chez Bayard Canada.

Et plein d’autres choses suivront. Restez à l’affût!

Bonne lecture! Et n’hésitez pas à venir me voir au Salon du livre de Montréal, en novembre.

 

Paul Roux sera au Salon du livre de Montréal 2018. 

Samedi 17 novembre, 10h à 11h30 et 18h à 19h

Dimanche 18 novembre, 10h à 11h15

Kiosque 432

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Entrevue avec Élise Gravel, illustratrice et autrice

Élise Gravel est mon illustratrice et autrice de livres d’enfants préférée. Elle m’inspire vraiment beaucoup. Je l’aime tellement que j’ai dessiné son portrait pour un concours de dessin dont le thème est « votre héros québécois ».

J’ai adoré Jessie Elliot, Le grand Antonio, Ada la grincheuse en tutu et N’importe quoi. Mes petites sœurs aiment beaucoup La patate à vélo. En fait, toute ma famille est fan. Ma mère a même utilisé quelques pages de son livre PDF, Tu peux, (gratuit sur son site Internet) pour décorer notre salle de jeux! On a le temps d’admirer les dessins d’Élise, de sourire et de réfléchir sur la vie des garçons et des filles. Le dernier livre d’Élise Gravel s’appelle La tribu qui pue et j’ai super hâte de le lire!

Alors, avec tout ça, c’était logique que je la choisisse pour ma seconde entrevue pour Wow lecture. Je suis très contente qu’elle ait pris le temps de répondre à mes questions. On a un point commun elle et moi! J’adore les livres de Roald Dahl. Matilda est celui que je préfère.

Et vous, avez-vous des points communs avec Élise Gravel? Lisez pour voir.

Peux-tu me décrire ta façon de travailler, ainsi que les outils ou le matériel que tu utilises pour réaliser tes illustrations?

Ça dépend! Parfois, j’utilise l’ordinateur (Photoshop et une tablette graphique), parfois je dessine à la main avec de la gouache, de l’aquarelle, des crayons feutres… Tout ce qui me tombe sous la main! Mais j’avoue que tout va plus vite avec l’ordinateur, surtout pour les corrections!

As-tu appris à dessiner toute seule ou tu as suivi des cours?

J’ai appris toute seule comme une grande!

Qu’est-ce que tu aimes le plus et le moins dans ton travail?

Le plus : la liberté, le plaisir, voir mes lecteurs heureux, tout!

Le moins : rien. J’aime vraiment, vraiment mon métier!

Est-ce que ça t’arrive de ne pas avoir d’inspiration? Si oui, que fais-tu?

Très rarement! J’ai plutôt le problème inverse. J’ai trop d’idées et pas assez de temps pour les réaliser. Parfois, par contre, j’ai des problèmes de motivation. Dans ce temps-là, je sors prendre une marche, je lis, je joue avec mes enfants…

As-tu un conseil à offrir aux jeunes qui aimeraient devenir illustrateur?

Dessine tout le temps! Dessine tout et n’importe quoi. Regarde tes livres préférés et essaie d’imiter les dessins que tu y vois. Il n’y a pas de mal à imiter, c’est vraiment une très bonne façon d’apprendre! Tu peux même calquer des dessins si tu veux : ça aide à comprendre comment tracer des lignes, comment composer des formes. Les plus grands peintres ont appris en copiant leurs idoles pour commencer. Ne t’inquiète pas, un jour, tu développeras ton style à toi.

N’aie pas peur de faire des erreurs! C’est mon conseil le PLUS IMPORTANT. Accepte de ne pas être parfait dès le début. Tu trouves ton dessin moche? Prend une grande respiration. Essaie de voir ce que tu pourrais améliorer, puis recommence. Et recommence encore.

Garde toujours en tête que même les grands artistes sont parfois insatisfaits de leur travail. C’est normal. Ça ne veut pas dire que tu n’as pas de talent, que tu n’es pas bon en dessin. Ça veut juste dire que tu as envie de t’améliorer encore, et ça, c’est une bonne chose!

Moi, je fais souvent des dessins que je trouve laids. Des fois, je me dis : « Je n’y arriverai jamais. Ça ne donnera jamais ce que je veux ». Mais je recommence encore et encore, et au bout d’un moment, je finis par être contente de mon travail. On apprend toute la vie!

J’ai lu quelque part que la clé du succès, ce n’est pas le talent, c’est le nombre d’heures qu’on passe à pratiquer. Alors, il faut pratiquer beaucoup, beaucoup. Il n’y a pas de magie dans ce métier! Tous les illustrateurs que je connais sont des gens qui adorent dessiner et qui le font le plus souvent possible. C’est aussi simple que ça. Alors allez, à tes crayons!

Y a-t-il un événement qui t’est arrivé dans la vie et qui a marqué ton parcours d’illustratrice?

J’ai étudié le graphisme à l’école. Le graphisme, c’est une discipline où on essaie de faire passer un message en utilisant des images et du lettrage. Les graphistes font, par exemple, des affiches, des sites web, des livres, des magazines, des publicités… Dans le programme de graphisme, on faisait beaucoup d’illustration, et j’aimais ça.

Quand je suis sortie de l’école, je n’avais pas de clients encore, j’étais une inconnue et une débutante. Alors, j’ai rencontré des illustrateurs professionnels qui m’ont dit: «Développe ton style! Les clients aiment embaucher des illustrateurs qui ont des styles bien définis». Comme je n’avais pas encore de style, j’ai dû travailler là-dessus. Je me suis inventé des clients qui n’existaient pas et j’ai fait des affiches pour eux. Ça me permettait de me pratiquer à dessiner. Pour rendre le travail plus amusant, j’ai inventé des clients rigolos et des produits bizarres qui n’existent pas.

Quand j’ai eu une vingtaine d’affiches, je les ai posées sur le plancher de ma chambre et en les regardant, je me suis dit: «Il me semble que ça ferait un drôle de livre pour enfants». J’ai donc fait des photocopies de mon livre et j’ai envoyé tout ça à un éditeur, Les 400 coups. Puis, j’ai attendu, attendu… longtemps! Et un jour, surprise: l’éditrice m’a dit qu’elle adorait mon projet d’affiches drôles, et Les 400 coups ont décidé de faire un livre avec! Ce livre, c’est le Catalogue des Gaspilleurs.

J’ai tellement aimé cette expérience que j’ai continué à faire plein de livres après ça. Et vous connaissez la suite…

Quel est le livre que tu as illustré dont tu es la plus fière?

Je ne sais jamais quoi répondre à cette question!

Quel livre t’a marqué lorsque tu étais enfant? Pourquoi? 

Tous les livres de Roald Dahl, à cause de son humour, de la débrouillardise des enfants contre les méchants… J’aime encore ses livres!

Peux-tu nous suggérer un livre jeunesse qui pourrait émerveiller les lecteurs de Wow lecture? 

Comme je disais, tous les livres de Roald Dahl!

La question «hors sujet»! As-tu un objet préféré, fétiche, qui te tient à coeur et qui t’accompagne dans ta vie de tous les jours? Si oui, lequel?

Ma collection de roches! Mais je n’ai pas de photo…

Merci beaucoup!

 

Crédit photo: Élise Gravel

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Entrevue avec Romi Caron, illustratrice

Ce que j’aime en premier dans un livre, ce sont les images! Ça m’intrigue : Qui les a illustrés? Comment? Pourquoi?

Et si je pouvais rencontrer des « pros » pour leur poser directement mes questions? Ce serait une chance incroyable non?

Aujourd’hui, je vous propose donc d’aller à la rencontre de Romi Caron, une illustratrice de ma ville (Gatineau). J’ai eu la chance de faire l’entrevue chez elle, dans son atelier!

Romi a illustré plus de 80 livres pour enfants (Pas de noix pour Sara, J’aime ma mamie, J’aime mon papi, la série « Babou », le premier hiver de Max, la série « Avec Romi » etc.), ainsi que plusieurs titres en anglais (Baby Turtle’s Tale, Time to eat, Classical with joy etc.). Elle fait également des illustrations commerciales. Elle est aussi enseignante d’arts plastiques pour enfants, notamment dans les écoles primaires de Gatineau.

Bonjour Romi, peux-tu m’expliquer ton travail d’illustratrice?

Alors, c’est la maison d’édition qui me contacte, qui me m’envoie le texte. Et moi, je vais accompagner le texte de mes illustrations. Je dois tenter de décrire le texte en image.

Ils me disent s’ils veulent beaucoup d’illustrations ou non. Parfois, ils veulent juste une illustration sur la page couverture du livre. Parfois, ils veulent une illustration sur chaque page. Des fois, sur chaque deux pages. Des fois, une par chapitre.

Il faut toujours que je regarde ce qu’il y a de plus important dans le texte. Puis, j’envoie les esquisses à la maison d’édition. Après, ils disent s’ils les aiment ou s’ils veulent des changements. Par exemple, sur une esquisse, j’ai imaginé et dessiné une fille blonde, mais eux ils l’imaginent plutôt aux cheveux bruns. Pas de problème, je change. Je m’adapte à leurs demandes. Des fois, ils me disent la maison doit être comme en Europe, comme au Canada ou autre. Des fois, ils m’envoient des photos comme référence. Chaque situation est différente.

Qu’est-ce que tu aimes le plus dans ton travail?

J’aime tellement mon travail que j’aime pas mal tout!

As-tu appris à dessiner toute seule ou tu as suivi des cours?

J’ai toujours eu des professeurs. Ma mère est professeur d’arts. Donc, depuis toute petite, j’ai toujours eu quelqu’un qui pouvait me montrer comment faire. Ensuite, quand j’avais environ 5 ans, j’ai commencé à suivre les cours d’arts avec les élèves (plus âgées) de ma mère. Et, après, je suis allée à l’école secondaire de l’art. C’était une école qui offrait beaucoup de cours d’arts (4 heures par jour). Puis, je suis allée à l’université des Beaux-Arts de Prague. Je faisais 8 heures par jour de dessin, de sculpture et tout ce que tu peux imaginer avec l’art! J’étudiais un peu l’histoire de l’art, l’architecture aussi, la théorie des couleurs etc. Mais, c’était presque juste de l’art!

Peux-tu décrire ta façon de travailler, ainsi que les outils que tu utilises pour tes illustrations?

Je m’assois à ma table. J’ai la peinture, les pinceaux, les crayons, les feuilles de papier sur ma table. Les tiroirs de mon bureau sont aussi remplis de matériel d’art! Je fais d’abord des esquisses au crayon à mine, puis je les fais en couleurs. Je travaille la plupart du temps avec l’aquarelle. Parfois, j’utilise les pastels, ou l’acrylique.

Est-ce que cela t’arrive de ne pas avoir d’inspiration? Si oui, que fais-tu?

Ça ne m’arrive pas! 😊

Imagine, c’est comme lorsque le professeur demande à sa classe de décrire une histoire ou de dessiner. Il n’y pas beaucoup d’enfants qui vont finir le devoir avec une feuille vide! Si tu as appris à écrire ou à dessiner, ensuite tu es capable de le faire lorsqu’on te le demande. Plus tu pratiques le dessin, plus c’est facile de dessiner. Des fois, je recommence mes dessins plus de cinq fois. Je cherche le style qui ira le mieux avec le texte. Il m’arrive parfois d’envoyer trois esquisses différentes à la maison d’édition pour vérifier si elle a une préférence.

 

 

As-tu un conseil à offrir pour les jeunes qui aimeraient devenir illustrateur?

Dessine chaque jour!

C’est très simple. Je dis parfois ça aux élèves à qui j’offre des ateliers d’arts dans les écoles: imagine qu’on fait un test dans une classe. La moitié des élèves fera des mathématiques une heure par semaine. L’autre moitié en fera 5 heures par semaine. Quel groupe d’élèves sera le meilleur à la fin de l’année? Et, est-ce que c’est parce ces élèves ont plus de talent ou parce qu’ils ont plus pratiqué?

C’est la même chose pour le dessin! Même si tu as un peu de talent, il faut mettre de l’effort pour s’améliorer et être meilleur. Il faut pratiquer, persévérer. C’est de l’ouvrage.

Peux-tu nous raconter une anecdote qui t’est arrivée dans ta vie d’illustratrice et qui a marqué ton parcours?

À 18 ans, j’ai emménagé chez ma tante pour poursuivre mes études dans la ville où elle habitait. Ma tante avait trois enfants (9, 12 et 14 ans). Son mari était décédé. C’était un grand écrivain, l’un des plus connus en République Tchèque. Lorsque Noël arriva, les enfants souhaitèrent donner quelque chose à leur maman. J’ai voulu les aider pour qu’ils puissent lui offrir un beau cadeau. Je leur ai dit : « Votre papa écrivait, alors écrivez une histoire et moi je vais l’illustrer! » À mon école, il y avait justement un atelier de reliure. Je leur ai apporté le texte et les illustrations et ils m’ont aidé à fabriquer un très beau livre, cousu à la main et relié. On a fait ça presque chaque année par la suite. C’est comme ça que j’ai commencé à illustrer les livres.

Quel livre t’impressionnait lorsque tu étais enfant?

Beaucoup de livres, mais je ne pense pas que tu les connaisses, car ce sont des livres tchèques. Il y en a un en particulier sur le thème de Noël qui montre comment ça se passe dans le ciel. J’ai toujours aimé ces illustrations.

Peux-tu nous suggérer un livre jeunesse qui pourrait émerveiller les lecteurs de WOW lecture?

J’aime les livres de la collection « Contes et Récits » de Nathan et, en particulier, ceux qui parlent des héros de la Grèce Antique ou de la mythologie. C’est un thème qui me passionne et que je fais lire à mes enfants pour qu’ils puissent connaître cette période de l’histoire. Athéna, Andromède, Artémis, Ulysse, Marathon, Aristote, Archimède : on les voit sur les peintures, ils font partie de l’histoire de l’art. C’est génial de les faire découvrir aux enfants!

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L’entrevue WOW de Geneviève Côté

Vous le savez, ici, nous sommes des fans finis de Geneviève Côté. Mon petit homme est littéralement en amour avec M. Monsieur! Alors, j’ai tenté le coup! J’ai écrit à Geneviève Côté et je lui ai proposé de répondre à notre entrevue WOW… et elle a accepté. En prime, toute la famille a reçu un GROS bizou de M. Monsieur. On est comblé!

Voici l’entrevue WOW de Geneviève Côté. (Si vous ne la connaissez pas encore, goooo!!)

1. Qu’est-ce qui vous émerveille dans votre travail d’auteur ou d’illustrateur ?

La magie de pouvoir communiquer des émotions en images, au-delà des mots et des langues.

2. Dans votre quotidien, qu’est-ce qui vous émerveille ?

La nature, sous toutes ses formes: de la démarche délicate d’une coccinelle à la vertigineuse magie d’un ciel plein d’étoiles. (Et comme je suis citadine, j’ajouterais aussi le hasard, parfois, d’un graffiti particulièrement inspiré au coin d’une rue.)

3. Quel livre vous impressionnait lorsque vous étiez enfant ?

Toutes les aventures de Tintin, d’Hergé, plus particulièrement Tintin au Tibet, magnifique hommage à l’amitié (avec les larmes du yéti, en surprise finale!)

4. Pouvez-vous nous suggérer un livre jeunesse qui pourrait émerveiller nos lecteurs ? 

Tous les livres de Marie-Louise Gay, qui sont drôles et tendres.

Pour ceux qui maîtrisent bien l’anglais, les livres du Dr Seuss, que je n’ai découverts qu’une fois adulte. J’ai d’ailleurs lu récemment sur les murs d’une bibliothèque cette citation du Dr Seuss qui m’a bien plu:

« You have brains in your head,

You have feet in your shoes,

You can steer yourself any direction you choose! »

Dr.Seuss

 

Entrevues, Suggestions et critiques

Les expériences numériques au service de la lecture ?

Depuis plusieurs mois, je lis plusieurs articles qui proposent des sites web ou des applications pour lire avec nos enfants. En voyant l’engouement (voire l’excitation) de mon petit homme pour mon cellulaire, je me demande : oserais-je lire en numérique avec lui ? Est-ce une distraction garantie ? D’un autre côté, le numérique pourrait-il intéresser quelques enfants à la lecture ? Dans le cadre du projet Tout garni, je me questionne sur l’effet des expériences numériques sur la lecture.

Plusieurs recherchent une recette miracle pour intéresser les jeunes aux livres et à la lecture. Et s’il n’y en avait pas ? Je prends un exemple. Je n’aime pas m’entraîner… mais pas du tout. Même si j’aime une routine, je n’accroche pas. Si c’était pareil pour le livre ? Des fois, on trouve le livre qui semble accrocher et pourtant, une fois le livre terminé, un deuxième livre n’arrive jamais. Bon. Ça «pète notre ballounne », surtout pour les gens pour qui vivre sans livre semble inconcevable (comme moi), mais il faut dire que je pourrais me passer d’entraînement. Mais bon. Le livre numérique pourrait-il intéresser ces jeunes ?

Pour Cathon, le livre numérique est un autre marché. Que ce soit pour les bandes dessinées ou les livres jeunesse, le livre numérique n’offre pas la même expérience que le livre papier. Après tout, une illustration connue pour être imprimée n’a pas le même effet, lorsqu’elle est vue sur un écran. D’un autre côté, certains illustrateurs se spécialisent dans les illustrations numériques, pour les blogues notamment.

 

Qui est Cathon ?

Cathon écrit et illustre des livres pour les jeunes et les adultes. Elle a publié plusieurs livres, notamment Les cousines vampires chez Pow Pow ou La liste des choses qui existent chez La Pastèque, avec Iris. Qu’elle travaille pour les jeunes ou les adultes, Cathon retrouve toujours un trait enfantin dans son travail.

Au mois de mai, Cathon était l’illustratrice vedette du projet Tout garni. Je me suis entretenue avec elle à propos de ce projet pour savoir comment elle avait apprécié l’expérience, mais aussi comment elle voit le lien entre ce projet et la lecture.

Tout garni, une expérience numérique au service de la lecture ?

Initié par une maison d’édition, mettant en vedette de nombreux illustrateurs de talent, il est difficile de ne pas faire le lien entre Tout garni et la lecture. Même si le projet ne s’annonce pas comme un projet de « lecture », il est intéressant de faire le parallèle. Pourtant, pour Cathon, une telle expérience n’est pas une porte ouverte directement vers la lecture. Elle y voit tout de même la possibilité pour les jeunes de s’initier au travail des illustrateurs qui les intéresseront au fil des mois. Ils pourront partir à la découverte des livres publiés par ceux-ci et peut-être même, se découvrir une passion pour la bande dessinée ou le roman graphique.

Tout garni, qu’est-ce que c’est ?

La Pastèque, en collaboration avec Télé-Québec, invite les jeunes à découvrir le projet Tout garni. Pendant l’année 2017, les jeunes pourront découvrir un nouvel épisode de l’histoire d’Arthur, le livreur de pizza. Chaque mois, il y a un illustrateur différent qui prend le contrôle de la plateforme. Que ce soit par un jeu interactif, une bande dessinée défilante, il y aura autant d’expériences que d’illustrateurs.

L’expérience Tout garni pour un illustrateur

Un projet comme Tout garni sort l’illustrateur de sa zone de confort. Comme le mentionne Cathon, les techniques sont différentes, l’équipe est beaucoup plus grande et même le langage est différent du sien. Dans une expérience numérique comme celle-ci, la conception ne s’arrête pas à l’illustration. Une équipe complète prend le relais pour créer le concept final.

Réunis en début de projet, les illustrateurs qui participent à Tout garni ont eu un aperçu de tout ce qu’il était possible de faire sur cette plateforme. Même si Cathon a choisi le concept de son épisode, il n’en demeure pas moins qu’elle était en terrain inconnu. Un défi ? Assurément, car elle ne pouvait utiliser ses repères habituels pour évaluer le temps de création de l’épisode.

Tout garni a été sa première expérience entièrement numérique. Et elle ne ferme pas la porte à d’autres projets de ce genre. Elle est maintenant bien outillée pour comprendre l’ampleur du travail.

 

Pensez-vous que le numérique peut être une porte d’entrée vers la lecture pour les jeunes qui sont plus réticents ? J’en doute encore. Peut-être en avez-vous fait l’expérience chez vous ? Écrivez-moi pour m’en parler ! Je suis vraiment curieuse. Pour l’instant, je vous invite à visiter le site du projet Tout garni et à découvrir les œuvres de Cathon.

 

Bonne découverte !

 

Illustration de Cathon, tirée du projet Tout garni